Philippe Bouchara : « Les courses hippiques font partie de l’ADN de Vichy »
À l’occasion de la célébration des 150 ans de l’hippodrome de Vichy, qui aura lieu cette année, Philippe Bouchara, président de la société des courses, revient sur l’attachement fort de la commune à ce sport, et l’importance de perpétuer cet héritage. Il annonce également les projets qui auront lieu durant cette année de fête.
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Philippe Bouchara est le président de la Société des Courses de Vichy depuis 2010. Il est également président de la Fédération des Courses du Centre-Est qui couvre trois grandes régions, avec onze hippodromes en Auvergne-Rhône-Alpes, quatre hippodromes en Bourgogne-Franche-Comté et deux en Val-de-Loire. Il assure aussi la vice-présidence de France Galop, ainsi que celle de la Fédération Nationale des Courses Hippiques. Personnalité reconnue au sein des sports hippiques français, il répond aux questions de L’Effervescent.
Que représente la tradition des courses hippiques pour Vichy et ses habitants ?
Philippe Bouchara : « C’est quelque chose de fort ! Cela représente en premier lieu un symbole de réussite. Aujourd’hui, ce qui fait le succès de Vichy, c’est son thermalisme, mais aussi ses courses hippiques puisque les deux sont intimement liés. Les courses hippiques font partie de l’ADN de Vichy ! La tradition remonte à 150 ans, et elle a très bien évolué, donc ça en dit long sur son succès et son importance pour les Vichyssois. Même s’il faut rappeler qu’au départ, l’objectif de créer cet hippodrome était surtout touristique.
Le Duc de Morny était le demi-frère de Napoléon III, et il était à la fois passionné de courses de chevaux, mais aussi pionnier en matière touristique. Il a développé des hippodromes dans des stations balnéaires comme Deauville. Le Baron de Veauce, qui était son grand ami, s’est inspiré de lui pour créer l’hippodrome de Vichy en 1875, sur les terrains de la commune de Bellerive. L’aventure a commencé comme cela, avec l’idée de base encore une fois de rajouter une activité économique pour développer le tourisme et faire venir une clientèle fortunée afin que celle-ci dépense ensuite dans la ville. C’est une tradition qui touche aussi un public plus large que la commune et ses habitants, mais dont les principaux bénéficiaires sont Vichy et les Vichyssois. »
Cent-cinquante ans d’existence, comment expliquez-vous cette longévité ?
P. B. : « J’ai un avantage à Vichy par rapport à d’autres, c’est que, sur cette région, il y a trois pôles d’exceptions qui peuvent attirer à eux du public. Nous avons le stade Michelin à Clermont-Ferrand parce qu’il y a l’équipe de rugby qui fait partie des meilleures équipes françaises. Le deuxième pôle est l’hippodrome de Vichy, parce que, là aussi, les meilleurs chevaux d’Europe s’affrontent lors des courses, et enfin, il y a aussi les volcans d’Auvergne qui font partie du circuit touristique local. Il est donc plus facile d’avoir un hippodrome à Vichy que dans une grande ville, dans le sens où il y a moins de concurrence. J’ai moins de concurrence avec les musées, les activités culturelles … Au contraire, on fait partie des activités phares de la ville et de l’agglomération. Au fil des années, l’hippodrome a toujours été une activité incontournable du territoire et c’est ce qui explique aujourd’hui sa longévité. »
Comment perpétuez-vous cet héritage ?
P. B. : « Il faut se creuser la tête tous les ans pour essayer d’amener de nouvelles idées, de nouvelles animations ! Les gens en ont marre de la récurrence, c’est-à-dire, d’arriver dans un endroit similaire, sans transformations, sans changements et sans nouveautés, donc il faut chaque année leur amener un réaménagement avec des nouvelles animations ou des nouveaux lieux. Il faut réfléchir en permanence à transformer l’entre-course, puisqu’il y a souvent 30 minutes de pause entre deux courses. Il faut occuper le public avec différentes animations, des feux d’artifices, des spectacles et pleins d’autres choses. Mon objectif est de faire en sorte que, lorsqu’il y a 5 000 ou 10 000 personnes sur l’hippodrome, les gens aient envie de revenir et gardent un souvenir inoubliable de leur venue. »
« Mon objectif est de faire en sorte que lorsqu’il y a 5 000 ou 10 000 personnes sur l’hippodrome, les gens aient envie de revenir et gardent un souvenir inoubliable de leur venue. » Philippe Bouchara
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Quels sont vos projets pour valoriser davantage cet héritage dans le futur ?
P. B. : « J’ai plein de projets pour le futur ! Si vous n’en n’avez plus, il faut laisser la présidence à quelqu’un d’autre ! Parmi certaines de mes idées, j’aimerais notamment faire de l’hippodrome un parc à thème autour du cheval, c’est-à-dire, un lieu où l’on puisse trouver à la fois des courses, puisque c’est l’activité principale, mais aussi un endroit qui serait ouvert 200 jours par an, avec la possibilité de découvrir l’histoire des chevaux, des races et des courses. J’aimerais aussi mettre en avant le lien fort qui unit l’humain et le cheval. C’est le cheval qui a permis à l’humain de se développer, que ce soit à travers l’agriculture ou les guerres, il a toujours été au côté de l’homme et c’est l’animal qui, selon moi, a le plus participé au développement des territoires. Donc, c’est ce côté-là que je voudrais explorer et faire découvrir au sein de l’hippodrome. »
Quels sont les principaux objectifs pour la prochaine saison ?
P. B. : « La prochaine saison, ce sont les 150 ans de l’hippodrome, donc il faut encore plus le mettre en valeur. Nous sommes en train d’écrire un livre qui se veut plutôt fun et explicatif sur l’histoire de l’hippodrome qui raconterait l’évolution de celui-ci. Je travaille également en ce moment sur l’organisation de spectacles avec tous ceux qui nous ont accompagnés depuis les quinze années que je préside Vichy, pour ponctuer les différentes courses de l’année. Parmi eux, il y a la garde républicaine, la patrouille de France, les pompiers, gendarmeries, l’armée, ou encore [le célèbre cascadeur équestre italien, nldr] Mario Luraschi et son équipe, qui sont venus plusieurs fois sur l’hippodrome. Pour embellir le tout, on organisera des feux d’artifices, car les gens adorent ça, ou encore des spectacles avec des jets d’eau pour rappeler que Vichy est la reine des villes d’eaux.
C’est notre travail actuellement, nous sommes en train de mettre en scène les différents éléments qui seront mis en place pendant l’année 2025, à l’occasion des 150 ans. Il faut cependant garder la tête froide et rester dans les limites du budget alloué pour veiller à ne pas dépasser. C’est là que réside la complexité et il faudra certainement faire des choix. »
Jocelyn Aucouturier