Épisode 4 – Fraternité sacerdotale Saint-Pie X : qui sont ces catholiques traditionalistes ?
Par Noah KAISION
Fondée il y a plus de 50 ans, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, implantée notamment dans l’Allier, défend un catholicisme traditionnel et intégriste. Sans statut canonique, elle reconnaît le Pape mais ses relations avec Rome restent compliquées notamment pour son idéologie, ses dérives sectaires et les abus sexuels qui l’entourent.
Le dimanche matin, à Vichy, c’est une quarantaine de fidèles qui se rendent à la Chapelle du Sacré-Cœur pour participer à la messe. Ces catholiques appartiennent à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), une communauté religieuse en rupture avec le Vatican considérée comme traditionaliste. L’ambiance est feutrée à l’intérieur de la chapelle, les bancs sont tous occupés. En entrant les fidèles posent le genou droit à terre. La génuflexion est un signe de respect envers Dieu et le Christ. La messe, en latin, est rythmée par les prières et les chants. L’abbé évoque dans son homélie l’importance de rester un bon fidèle et d’avoir de la patience envers ceux qui ne seraient pas des fidèles encore totalement accomplis.
Présente dans l’Allier, à Vichy donc, mais aussi au Broût-Vernet et à Montluçon, la Fraternité Saint-Pie X regroupe 600 000 fidèles dans plus de 70 pays du globe.

Des rapports complexes avec le Pape
Fondée le 1er novembre 1970, cette société est, dans un premier temps, reconnue et approuvée par l’évêque diocésain de Fribourg (Suisse) avant de perdre son statut au sein de l’église catholique cinq ans plus tard. Ce qui aurait pu être un coup dur ne l’empêche pas de se développer rapidement. En effet, en 1977, elle compte déjà 40 prêtres, 150 séminaristes, 20 maisons et trois séminaires.
En revanche, son fondateur, Marcel Lefebvre, très critique du concile Vatican II (1962-1965), au cours duquel l’Église catholique a décidé de se moderniser et de s’ouvrir à la culture contemporaine, dérange en haut-lieu même si les discussions avec Rome ne sont pas rompues et qu’un terrain d’entente est espéré à plusieurs reprises. Il est finalement excommunié en 1988 pour avoir sacré quatre évêques traditionalistes alors que cet acte lui avait été explicitement interdit par le pape Jean-Paul II. Ce n’est qu’en 2009, après des négociations, que Benoit XVI décide de lever l’excommunication des quatre évêques afin de tenter un début de rapprochement qui se poursuit lentement aujourd’hui.
Le traditionalisme comme doctrine
À ce jour, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X demeure dans une position ambiguë par rapport à Rome, n’étant ni pleinement reconnue ni totalement exclue de l’Église. Ce qui est certain, c’est que cette société reste toujours opposée au concile Vatican II. Celui-ci marque notamment l’abandon du latin dans la liturgie. Ce tournant n’a pas du tout été apprécié par la Fraternité, qui s’ancre dans un catholicisme traditionnel inflexible. La messe tridentine, c’est-à-dire en latin, est de mise pour ses membres. Le modernisme est perçu comme une soumission au « libéralisme » tandis que la liberté religieuse et le dialogue interreligieux, tous les deux promulgués lors du concile, sont considérés comme un affaiblissement de la mission évangélisatrice de l’Église.
« Ses membres représentent un type d’Église intransigeante, antimoderne, ultra-conservatrice en termes de mœurs et de politique » Jean-François Colosimo
Des proximités idéologiques avec l’extrême droite
Si la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X n’a aucun lien officiel avec l’extrême droite, son conservatisme religieux a parfois favorisé des proximités idéologiques avec des mouvements politiques partageant des valeurs similaires. « Ses membres représentent un type d’Église intransigeante, antimoderne, ultra-conservatrice en termes de mœurs et de politique », observe dans Le Parisien Jean-François Colosimo, historien des religions. Ils sont parfois présentés comme « nostalgiques [de l’insurrection contre-révolutionnaire, ndlr] de la Vendée, de Vichy et de l’Algérie française ».
Plusieurs pèlerinages ont ainsi été organisés à l’île d’Yeu sur la tombe du maréchal Pétain. En 2009, les déclarations négationnistes de Richard Williamson, membre de la FSSPX, à la télévision suédoise ont entaché l’image de la Fraternité. L’évêque avait notamment nié l’existence des chambres à gaz dans les camps nazis sans que ses propos ne soient condamnés par le supérieur général Bernard Fellay. Pendant un temps, la FSSPX a également entretenu des liens importants avec l’institut Civitas, un mouvement politique d’extrême droite intégriste, dissous en France par décision gouvernementale en 2023.
Abus sexuels et dérives sectaires
À ces positions controversées viennent s’ajouter les abus sexuels et les dérives sectaires. Selon la mission interministérielle Miviludes, depuis 2016, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X est considérée comme pouvant entraîner des dérives sectaires. La plupart se produisent dans les 59 écoles privées hors contrat gérées par la fraternité. Les enfants qui y sont scolarisés sont souvent victimes d’un endoctrinement, indique ce rapport. Ils ne côtoient plus que les autres membres de la Fraternité et sont, d’une certaine manière, coupés du monde extérieur, avec leur famille.
Les manuels d’histoire sont anciens et modifiés pour s’adapter à l’idéologie de la Fraternité. Des pages sont découpées dans les manuels de sciences pour laisser dans l’ignorance les élèves sur certains sujets, par exemple celui de la sexualité. Les jeunes filles apprennent l’obéissance et la soumission aux hommes. Les abus sexuels au sein de la FSSPX sont nombreux en France, mais aussi en Suisse, aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande… De nombreux prêtres ont été condamnés pénalement. En mai dernier, à Mulhouse, l’un d’eux a été placé en garde à vue pour des faits remontant à 1993.
Noah Kaision