Manifestation pour Gaza : plus d’un an après, ils sont encore là
Par Eloïse MAGNIER
Depuis l’offensive du groupe armé Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023, et le déluge de feu déversé sur la bande de Gaza par l’armée israélienne à partir de cette date, pas un mois ne passe sans que des manifestants viennent exprimer, place de Jaude à Clermont-Ferrand, leur soutien au peuple palestinien. Quelques-uns parmi eux ont accepté d’expliquer à L’Effervescent le sens de leur engagement.

Samedi 16 novembre, 14 h, quelques militants de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) sont déjà réunis sur la place de Jaude. Ils sont en train de préparer une manifestation qui devrait commencer une heure plus tard. Ils tractent, et peu de personnes sont réceptives. « Non ! C’est les fêtes de fin d’année ! On n’a pas envie d’entendre parler de génocide ! » Parmi l’avant-garde des manifestants, Yves, un des organisateurs, explique l’importance d’être présent, encore aujourd’hui.
Yves, militant 63 AFPS

« On ne doit pas arrêter de manifester, nous ne devons pas rester dans l’indifférence, c’est pour ça qu’on manifeste tous les 15 jours. Le monde, et plus particulièrement la Palestine, nous regarde, il est important de leur montrer notre soutien », explique le militant.
Son objectif, c’est aussi de montrer à tout le monde qu’il existe des moyens d’action concrets pour se battre : « Nous pouvons faire pression sur les politiques, par exemple. Car si on arrête de manifester, la cause ne fera plus parler, et on l’oubliera. Nous n’arrêterons pas tant que les choses ne se seront pas arrangées. Nous pouvons aussi passer par le boycott ! Il s’avère efficace, sur Orange ou Carrefour, qui sont bien embêtés par cette mesure. Si Israël perd ses sponsors, ce sera déjà une avancée. »
Si Yves est ici aujourd’hui, c’est aussi un tribut à son voyage en Palestine, qu’il n’oubliera jamais. « J’ai vu énormément de choses là-bas, la misère, la sympathie des habitants. Alors, les Palestiniens m’ont donné une mission, celle de rapporter tout ça, de le raconter. C’est pour ça que je suis ici aujourd’hui, je suis sûr qu’ils sont heureux de nous voir nous battre. »
Quelques nouveaux manifestants commencent à arriver. C’est le cas d’Éric, pour qui se battre pour cette cause est essentiel.
Éric, manifestant

« J’ai participé à toutes les manifestations organisées à Clermont, c’est très important pour moi. Je ne veux tout simplement pas rester indifférent face à un génocide, on atteint bientôt les 50 000 morts ! Ils sont en train de détruire la bande de Gaza à coups de bulldozer ! », s’exclame le quinquagénaire avec colère. Des actions claires doivent être menées pour lui, pour mettre fin à ce massacre.
« On est aussi scandalisé par l’inaction de la scène internationale. La France, les États-Unis ne font rien ! Je suis là car je ne veux pas qu’on oublie cette cause, il faut les faire réagir ! » Derrière Éric, un homme réagit à la présence d’un appareil photo. Maachou explique sa présence ici par son émotion.
Maachou, manifestant

« Ça me touche énormément, évidemment ! En tant qu’Algérien, ces gens, c’est mon sang, je me sens proche d’eux. » Maachou perçoit cette situation comme une profonde injustice. « La vie n’est pas égale partout dans le monde, c’est injuste. La France n’aime pas les Palestiniens ! » Même s’il habite à Clermont, loin des bombardements, sa présence ici est essentielle. « Nous, on doit montrer qu’on est là, même ici. Car Allah, lui, il nous voit ! On est là jusqu’à la mort ! »
Dans sa main droite, Maachou montre aussi un masque blanc. Ce dernier lui a été distribué par des militants de l’AFPS pour une manifestation à la tonalité pour le moins inhabituelle ce samedi. Aujourd’hui, pas de slogan, pas de cri. Un silence seulement brisé par les bruits d’un tambour.

En tête de cortège, des personnes masquées transportent ce qui ressemble à un sac mortuaire. D’autres transportent un cercueil floqué d’un drapeau palestinien. L’AFPS a intitulé la procession du jour « marche funèbre », en hommage aux victimes des bombardements israéliens à Gaza, mais aussi, au cours de l’automne dernier, au Liban. Selon des chiffres du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU remontant au 17 septembre 2024, 1 200 personnes ont perdu la vie en Israël au cours de l’offensive du groupe armé Hamas, et 41 000 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne à Gaza. L’attaque de Tsahal sur le Liban a fait 4 000 morts.

La marche silencieuse a commencé sur la place de Jaude, a suivi la rue du 11 novembre et la rue des Gras pour arriver sur la cathédrale. Ici, un discours a été prononcé par une des manifestantes, peinant à articuler au moment d’évoquer le manque de moyens et l’impossibilité de soigner les enfants sur place.


Le cortège s’est ensuite dirigé vers la mairie et a suivi la rue Saint-Hérem et l’avenue des États-Unis pour revenir sur la place de Jaude. Cette marche funèbre n’a pas manqué de faire réagir les passants, qui restaient eux aussi muets en la regardant passer. Les derniers manifestants sont arrivés, notamment les étudiants du syndicat Union étudiante Auvergne (UEA), dont fait partie Sarah.
Sarah, étudiante à l’Union étudiante Auvergne

« Personne ne doit rester dans l’indifférence, la jeunesse non plus. Et cela, partout dans le monde, c’est important d’être présent ici aussi. Si on est encore là, c’est parce qu’ils sont encore en train de bombarder. Je n’ai pas envie que ça rentre dans une routine, il ne faut pas oublier que cette situation n’a rien de normal », explique Sarah, qui compte bien représenter ici l’UEA.
Elle a connaissance de la cause palestinienne depuis son plus jeune âge. « C’est une cause qui me touche depuis toute petite. Je suis arabo-française, alors la Palestine, j’en entends parler depuis toujours. » Cependant, elle tient à ne pas résumer sa présence ici par ses seules origines. « On se bat pour cette cause avant tout car on a un cœur. C’est pour cela qu’on doit informer la population sur ce qu’il se passe là-bas. »
Les actions menées par Sarah et l’UEA semblent efficaces, puisqu’elles ont amené de nouvelles personnes à s’impliquer, à l’instar de Clarisse, elle aussi étudiante. « Je ne suis pas venue à toutes les manifestations, je ne savais pas qu’elles avaient eu lieu avant. J’ai su qu’il y avait ces manifestations à Clermont grâce aux tracts que l’union étudiante donnait à l’Université », raconte Clarisse.
Clarisse, étudiante et manifestante

La jeune femme reste pourtant très pessimiste: « C’est une cause très importante, alors je suis venue. Mais j’ai honnêtement très peu d’espoir pour que les choses s’arrangent un jour. »
Sur la place de Jaude, plusieurs personnes prennent la parole au micro, dont Marianne Maximi, députée de la première circonscription du Puy-de-Dôme. « Ce qui se passe à Gaza est un génocide ! La France doit le reconnaître. J’interpellerai le gouvernement à l’Assemblée nationale sur le sujet, comme je le fais régulièrement. Vous voir tous ici réunis, pour exprimer votre colère, me rend fière de ma circonscription, et me remplit d’espoir ! »
Au moment de publier cet article, un cessez-le-feu était en train de se mettre en place dans la bande de Gaza. L’incertitude pesait sur sa pérennité.

Éloïse Magnier