Sabi Agri : quand l’électricité révolutionne les machines agricoles

Par Pauline BADOC

L’agriculture et l’environnement, deux domaines étroitement liés mais qui ne se sont pas toujours très bien entendus. Une entreprise auvergnate, Sabi Agri, a fait le choix de les réconcilier en créant des machines plus éco-responsables.

Tracteur ALPO suivi du tracteur ZILUS dans un vignoble.
Tracteur ALPO suivi du robot ZILUS. Crédit : D. R.

Lier agriculture et respect de l’environnement grâce à l’innovation, c’est l’ambition de l’entreprise auvergnate Sabi Agri, basée à Saint-Beauzire, dans le Puy de Dôme. Tout est parti de l’exploitation de Laure et Alexandre Prévault Osmani, maraîchers auvergnats.Ils ne trouvaient pas d’équipement agricole qui répondait à leur besoin : à la fois confortable, qui protège les sols, mais sans pour autant consommer beaucoup d’énergie. Fort d’un bagage d’ingénieur en mécanique, Alexandre a créé un premier prototype de tracteur électrique. C’est autour de cette première innovation que la société s’est peu à peu formée, en 2017.

Son objectif ? Concevoir et fabriquer des tracteurs et des robots 100 % électriques qui répondent aux besoins des agriculteurs afin de les accompagner au mieux dans la transition écologique. « On a complètement recréé l’architecture et la notion de tracteur », explique Camille Cros, responsable du développement et de l’impact chez Sabi Agri. Trois fois plus léger, pas d’émission de CO2, dix fois moins cher à l’usage, des promesses qui poussent les agriculteurs à se tourner vers une pratique plus durable.

« Le concept m’a tout de suite plu »

Petit à petit, le premier tracteur électrique de Sabi Agri est né : voici ALPO, un enjambeur viticole capable de réaliser tout le travail du sol et d’entretien de la vigne avec une autonomie de sept à onze heures. Une première machine présentée, entre autres, lors du salon international des filières viticoles, vinicoles, arboricoles et oléicoles, il y a maintenant trois ans.

C’est à l’occasion de ce salon qu’Aurélie Mercier, responsable technique des vignobles de la Maison Cazes, basée à Perpignan, a rencontré Sabi Agri. « Le concept m’a tout de suite plu, j’en ai parlé avec mon directeur et on a décidé de les faire venir sur l’exploitation parce qu’on voulait absolument l’essayer. Ça marchait super bien et, vu que c’est un enjambeur, ça marchait même mieux que nos outils inter-rangs, explique Aurélie Mercier. La qualité du travail était bonne, fine, [l’engin était] confortable au niveau du siège et facile à conduire, car c’est électrique. »

« On est un véritable crash-test pour tous les matériels en vignoble » Aurélie Mercier, responsable technique des vignobles de la Maison Cazes

Mais si, la première année, le tracteur ALPO roule comme sur des roulettes, les années qui ont suivi se sont révélées plus compliquées. En effet, « le tracteur ALPO présente pas mal de problèmes de carte électronique, de chargeur de programmation, et il n’y a pas de SAV », poursuit la responsable technique du domaine. Pour ces premiers acheteurs du sud de la France, le tracteur ALPO, acquis dès sa sortie, ou presque, ne s’est pas montré très adapté au terroir très rocailleux du Sud-Ouest.

Cependant, le vignoble Cazes le sait, « on est un véritable crash-test pour tous les matériels en vignoble. Si ça marche chez nous, c’est du bon matériel, parce qu’avec nos 200 hectares et notre terrain très rocailleux, on use énormément le matériel », résume Aurélie Mercier. Si de nombreuses pièces du tracteur ont dû être changées rapidement en raison de l’usure du matériel, l’autonomie, elle, n’a posé aucun problème. « On pouvait rentrer à la pause de midi, le mettre à charger une demi-heure et finalement avoir l’autonomie suffisante pour terminer la journée », continue la responsable technique.

« C’est un bon retour, mais avec des ‘‘mais’’»

Pour Aurélie Mercier, l’idée est là : « C’est chouette de voir des choses comme ça. Il y avait d’autres tracteurs chez eux qui m’intéressaient, mais on n’a pas été plus loin pour des raisons économiques. C’est un bon retour, mais avec des ‘’mais’’. » En effet, l’achat du tracteur ALPO est un réel investissement, avec un prix d’environ 180 000 euros. Mais son aspect innovant, français et électrique a su convaincre.

Malgré tout, les vignobles de la Maison Cazes ne rejettent pas l’idée de réitérer l’expérience avec le robot ZILUS ou le nouveau tracteur VOLCAM. « Ils ont développé d’autres machines depuis, il y a pas mal de choses très intéressantes. Le nouveau tracteur m’intéresse beaucoup, même si je l’utiliserai aussi pour du viticole, commente la technicienne. Je continue à les suivre, ils ont tout de même une équipe ingénieuse et avec des idées. »

« Un robot qui a la capacité d’être complètement autonome » Camille Cros, responsable du développement et de l’impact chez Sabi Agri

Pour se lancer sur le marché de l’agriculture éco-responsable, Sabi Agri a conçu trois machines : le tracteur ALPO, le robot ZILUS, et le petit nouveau, le tracteur VOLCAM. Tous sont électriques. Le tracteur ALPO ainsi que le robot ZILUS sont des enjambeurs viticoles. La particularité du robot, c’est qu’il est complètement autonome. Camille Cros nous explique : « Il possède quatre modes de conduite :

  • le mode totalement autonome
  • par télécommande
  • le mode poste de pilotage amovible, un point qui peut être intéressant pour les viticulteurs qui travaillent en pente puisque cela remplace directement les chenillards
  • la flotte collaborative : l’agriculteur se positionne sur son tracteur et peut piloter le robot ZILUS qui va le suivre derrière pour effectuer la même opération ou pour faire des opérations complémentaires.

Cela permet de démultiplier le chantier pour répondre au manque de main d’œuvre dans l’agriculture ».

À noter que les machines sont en capacité de recevoir n’importe quel outil standard utilisé sur les tracteurs traditionnels.

2024 : l’innovation continue avec VOLCAM

L’entreprise Sabi Agri continue donc d’innover en cette année 2024, avec le nouveau tracteur électrique VOLCAM. Il a été présenté pour la première fois le 19 novembre 2024 au salon des maires et des collectivités à Paris. Il a été conçu pour limiter davantage son impact environnemental grâce à une réparabilité et une recyclabilité optimisées. Avec cette innovation, Sabi Agri s’adresse principalement aux cultures spécialisées comme le maraîchage, l’arboriculture, l’horticulture, les petits élevages, mais aussi pour l’entretien d’espaces verts.

Tracteur VOCLAM en extérieur lors du salon des maires et des collectivités à Paris.
Nouveau tracteur VOLCAM. Crédit : D. R.

Tout comme ses prédécesseurs, son poids plus léger et mieux réparti que sur les tracteurs conventionnels préserve davantage les sols. Par ailleurs, étant électrique, il n’émet ni CO2, ni bruit, ni odeur de gaz, ni vibrations qui peuvent être désagréables pour l’agriculteur. L’entreprise auvergnate n’a donc pas dit son dernier mot et continue d’innover « pour que l’agriculture soit de plus en plus durable et qu’elle ait même un impact positif », conclut Camille Cros.

Pauline Badoc