Dans les coulisses de l’Opéra de Vichy : Comment une saison culturelle prend vie

Par Baptiste IMBERT

Lorsque l’on évoque Vichy, on pense souvent à son passé thermal ou à son architecture Belle Époque. Mais derrière ce lieu commun se cache une scène culturelle riche et en pleine effervescence, portée par un lieu emblématique : l’Opéra de Vichy. L’organisation de ses saisons culturelles, un travail de titan, est pilotée par Martin Kubich, directeur de Vichy Culture et son équipe, qui nous dévoilent les coulisses de cette machine bien huilée.

Scène de l'opéra de Vichy, depuis un balcon.
Scène de l’opéra de Vichy, depuis un balcon. Crédit : Baptiste Imbert

En une matinée seulement, plus de la moitié des places pour le concert de Ben Mazué, prévu en décembre 2025, ont trouvé preneur. Ce succès fulgurant illustre l’attractivité croissante de la programmation de l’Opéra de Vichy. À la tête de cette dynamique, Martin Kubich, directeur de Vichy Culture, orchestre avec son équipe une saison artistique qui ne cesse de séduire, bien au-delà des frontières locales.

Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, Vichy Culture ne se limite pas à l’Opéra de Vichy. Cet établissement public regroupe, outre ledit l’opéra et ses 1400 places, le centre culturel Valery-Larbaud (450 places) et plusieurs espaces d’exposition. La programmation investit également des espaces extérieurs, notamment durant la saison estivale.

Vichy Culture s’efforce de proposer une programmation éclectique. Théâtre, musique classique, concerts de jazz ou encore spectacles jeunes publics trouvent ainsi leur place dans une offre pensée pour séduire un public varié. « Notre rôle va bien au-delà des spectacles : nous cherchons à créer une relation durable avec le public, tout en attirant une diversité d’artistes », explique Martin Kubich.

Entre audace et contraintes budgétaires

Si l’équipe de Vichy Culture jouit d’une grande liberté dans ses choix artistiques, chaque saison est marquée par un impératif d’équilibre budgétaire. Le budget annuel, oscillant entre 3,5 et 3,9 millions d’euros, doit couvrir non seulement les frais artistiques mais aussi la gestion des bâtiments historiques et les charges liées à leur entretien.

« Si je devais programmer uniquement selon mes goûts, ce serait probablement une saison plus audacieuse. Mais il est essentiel d’attirer le public et de remplir nos salles », pour pouvoir avoir un bilan financier à l’équilibre, confie Martin Kubich.

Cette contrainte financière n’empêche cependant pas l’innovation. La collaboration entre le directeur et son adjoint, Karim Boulhaya, permet une répartition des spécialités : l’un s’occupe davantage de théâtre et de musique classique, tandis que l’autre se concentre sur les musiques actuelles et les spectacles pour le jeune public.

Un joyau historique à moderniser

L’opéra de Vichy, avec sa scène unique et son cadre somptueux, est l’un des joyaux culturels de la région. Mais cette beauté cache des défis techniques importants. La cage de scène, datant de 1937, n’est pas toujours adaptée aux exigences modernes. « Parfois, on doit faire rentrer un Zénith dans un opéra », plaisante Martin Kubich, avant d’ajouter que le travail des régisseurs et des techniciens est essentiel pour relever ces défis.

Cette inadéquation technique impose une main-d’œuvre importante. Régisseurs, machinistes, éclairagistes, et autres techniciens collaborent pour transformer les contraintes en opportunités. La condition physique et les compétences scientifiques sont indispensables pour travailler dans un environnement où les systèmes archaïques côtoient des équipements plus récents.

Une relation de confiance avec les artistes et le public

L’un des piliers de la réussite de Vichy Culture réside dans la relation de confiance bâtie avec les artistes et le public. Une grande partie des spectacles programmés sont vus au préalable par l’équipe, ce qui garantit un haut niveau de qualité. Cette proximité avec les compagnies artistiques et les producteurs permet également de soutenir la création contemporaine. « Pour les créations, on mise sur la confiance envers les projets. C’est aussi un pari sur l’avenir », explique Martin Kubich.

De son côté, le public vichyssois, fidèle, revient en nombre. La période post-COVID, qui a marqué une baisse de fréquentation pour de nombreux établissements culturels, a été moins dure pour Vichy. « Les gens bravent les barrières pour venir chez nous, c’est très encourageant », note le directeur.

Une saison, deux publics

Ce mélange entre tradition et innovation, audace et sécurité, reflète l’ADN de Vichy Culture. En mêlant des spectacles ambitieux comme une pièce de Molière revisitée et des concerts classiques plus conventionnels, la structure s’efforce de répondre aux attentes d’un public large tout en cultivant une programmation exigeante.

Malgré tout, certaines surprises demeurent. Des productions ambitieuses peinent parfois à trouver leur public, comme le Dom Juan de Macha Makeïeff, tandis que des concerts ou spectacles plus confidentiels dépassent les attentes en termes de fréquentation.

La spécificité de Vichy réside aussi dans la gestion de deux saisons distinctes : une saison hivernale, destinée à un public local, et une saison estivale, plus cosmopolite, marquée par l’afflux de touristes. Ces différences de fréquentation imposent une stratégie de programmation adaptée à chaque période.

Une aventure humaine avant tout

Au-delà des chiffres et des spectacles, Martin Kubich souligne l’importance du travail d’équipe. Avec seulement 22 salariés permanents, l’ensemble des activités billetterie, ressources humaines, gestion des bâtiments et programmation repose sur une organisation rigoureuse. Malgré les défis, le directeur reste optimiste. « La période COVID, bien que difficile, a aussi été galvanisante. Elle nous a permis d’avancer sur certains projets et de repenser notre manière de travailler », explique-t-il.

Baptiste Imbert