Clermont-Ferrand : quand le street-art s’installe au cœur des quartiers
Par Inès MEHIRIS
Clermont-Ferrand s’offre un nouveau visage grâce au street-art. Un parcours de six fresques murales, né de l’initiative des habitants, illumine les murs de la ville. Entre modernité artistique et hommage à la nature, cette métamorphose urbaine invite à redécouvrir Clermont sous un nouveau jour.

Parfois appelée « la ville noire » en raison de ses édifices, comme la cathédrale, construits en pierre volcanique de Volvic, Clermont-Ferrand se voit souvent reprocher d’être trop sombre et pas assez vivante. On retrouve désormais des explosions de couleurs sur plusieurs murs de la commune. Depuis fin septembre, vous pouvez déambuler le long d’un parcours de six fresques dans différents quartiers de la ville.
Le projet Parcours est né en 2019 d’une proposition des Clermontois, dans le cadre du premier budget participatif de la ville. Les habitants avaient proposé plusieurs idées visant à colorer les rues de la ville avec une fresque ou avec des trompe l’œil. Rapidement, des street-artistes clermontois ont été intégrés à la réflexion. Ce fut le cas du Collectif End to End, composé de Deft, Epok et Waro.
Une initiative locale
La mairie explique avoir alors « réuni ces porteurs de projets pour leur proposer de retravailler une idée de proposition commune ». Celle-ci a donc abouti sur le parcours de street-art avec la création de six fresques dans la ville. Chacune de ces œuvres a été réfléchie pour s’intégrer dans le contexte du quartier dans lequel elles figurent.
Lors de ce budget participatif, il y avait également la proposition de créer des murs d’expression libre pour les graffeurs. Deux ont donc été créés, un au skatepark du stade Marcombes, en face de la fresque de Supreme Legacy, et un autre, rue de Bouys, non loin de la fresque d’End to End.
Street-art, le mal aimé
Le choix artistique du street-art par une municipalité peut être étonnant lorsque l’on sait que cet art a longtemps été mal vu et mis de côté. Parfois considéré comme du vandalisme de par son association avec le graffiti illégal, l’idée que cet art est né dans la rue a participé à sa diabolisation.
Pourtant le street-art est un art à part entière et existe depuis bien plus longtemps que ce que l’on croit. À l’époque de la grotte de Lascaux ou dans l’ancienne ville de Pompéi, on retrouvait déjà des fresques murales. Le street-art a ensuite poursuivi des trajectoires différentes en fonction des époques et des pays, mais l’essence de celui-ci reste la même : le besoin d’une expression totalement libre.
Ces dernières années, l’opinion publique a beaucoup évolué sur ce sujet, notamment grâce à des artistes tels que Banksy ou Obey (Shepard Fairey) et à leurs œuvres, qui ont connu une renommée et une médiatisation mondiales. « Il y a dix ans, il y avait des commandes mais pas de la même ampleur », témoigne le collectif End to End.
Cependant, il reste encore considéré comme un art « très » ou « trop » différent. L’École supérieure d’art de Clermont Métropole ne comporte pas de section ou de cours sur le street-art, et « ce n’est pas prévu », nous informe-t-on.
Les habitants de Clermont-Ferrand sont, eux, en phase avec la modernité de cette expression artistique puisque le choix du street-art était une demande claire dès le départ. La mairie confie pour sa part que « l’objectif était de montrer la diversité qui existe dans les approches du street-art : figuratif, abstrait, effets de perspective ».
Une conception qui a pris prend du temps
Le projet ayant été voté juste avant la pandémie de COVID-19, sa réalisation a été suspendue pendant toute la période des confinements. Si on met de côté ce ralentissement, la mairie déclare avoir « monté le projet sur environ un an et demi ». Une période qui peut sembler relativement longue mais qui s’explique par les différentes discussions avec les partenaires.
« Nous n’avons pas souhaité intervenir directement dans le centre-ville en raison des zones de protection aux abords des monuments historiques, nous avons donc cherché des zones entre la ville et le périurbain », précise Fanny Martin, responsable du service arts visuels et art dans l’espace public de la ville.
En plus de la recherche des murs destinés à devenir les réceptacles du Parcours street-art, les porteurs de projet devaient également étudier les différentes options selon plusieurs critères. D’abord, il a fallu trouver des façades de grande taille, sans fenêtres et avec un revêtement adéquat pour la peinture. Mais surtout, il a fallu obtenir l’accord de l’architecte des bâtiments de France. Ceux-ci ont très vite été « convaincus par l’initiative » et, une fois cet accord obtenu et le choix des murs validé, il ne restait plus qu’à trouver les artistes appelés à performer sur les murs du projet.
Une ouverture à la scène clermontoise
Pour que ce projet s’intègre dans la démarche d’initiative locale du budget participatif, il semblait évident que des artistes clermontois seraient invités à performer. Toutefois, la ville avait aussi envie de « saisir cette opportunité pour inviter des artistes d’un peu partout avec de la notoriété pour offrir aux Clermontois quelques grands noms dans le street-art du moment, tel que Aryz ou Tellas », indique Fanny Martin.
Chaque artiste a été choisi pour un mur en particulier et a été invité à imaginer une fresque liée spécifiquement au quartier. Aucun thème n’a été imposé mais il fallait que la nature soit présente d’une manière ou d’une autre dans chacune des fresques. Elles partagent ainsi comme point commun la présence du végétal qui se veut un rappel à l’environnement clermontois.
Sur les six fresques, deux ont donc été réalisées par des collectifs originaires de Clermont-Ferrand, Supreme Legacy et End to End. Le premier s’est vu attribuer le mur du skatepark du stade Philippe Marcombes, avec une fresque « au caractère street, en écho avec les activités de glisse ». Pour le second, c’est sur le mur de la rue Jacques Brel que l’on découvre une fresque réalisée à l’aérosol et à la la peinture acrylique avec pinceaux et rouleaux. Deft, Epok, Repy et Waro ont mis à l’honneur la forêt amazonienne sur trois mètres de haut et une cinquantaine de mètres de long.
Fanny Martin déclare que le projet « a permis de faire travailler de nombreux graffeurs de Clermont-Ferrand et de leur donner la possibilité de s’exprimer ». Une opportunité significative pour ces artistes locaux qui évoluent dans un milieu où les lieux d’expression ne sont pas nombreux. Comparée à d’autres villes comme Paris ou Marseille, Clermont-Ferrand ne dispose que de très peu de zones utilisables par les graffeurs clermontois.
Les anciens sites industriels accueillent certes de nombreuses fresques de graffeurs locaux. Le quartier populaire de Saint-Jacques est également un endroit où l’on retrouve des œuvres de street-art sur certaines façades. Enfin, le dernier espace d’expérimentation pour les street-artistes clermontois est en dehors de la ville, puisqu’il s’agit de friches industrielles en périphérie de Clermont-Ferrand. « La base de notre pratique était de peindre dans des friches ou terrains vagues, là où personne n’allait », confie End to End.
Inès Mehiris