Épisode 4 – L’union de la gauche bourbonnaise saura‑t‑elle faire la force face à l’extrême droite ?
Par Virgile REVELLE
Dans l’Allier, les différents représentants politiques de gauche se mobilisent contre l’extrême droite. Pour eux, la montée du Rassemblement national doit être combattue, et l’union de leurs forces pourrait être la solution.
Comment faire face à un adversaire, le Rassemblement national (RN), qui ne fait que croître ? Se liguer contre l’extrême droite peut être une solution. Un seul problème, de taille : quand le RN ne représente qu’un seul parti, le Nouveau front populaire (NFP), qui a rassemblé la gauche lors des dernières élections, en représente 26. Cette initiative s’est faite du jour au lendemain, après la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron, le 9 juin 2024.
Les représentants politiques de ces divers partis n’ont pas la même vision, certains n’étaient pas prêts pour cet accord fondé sur un programme commun. Un danger subsiste donc après les législatives : la division et l’échec à stopper la montée du RN avant les élections prochaines présidentielles, prévues pour 2027.
Dans l’Allier, les quatre plus grands partis de gauche, à l’initiative du NFP, sont présents : Europe Écologie les verts (EELV), le Parti socialiste (PS), le Parti communiste français (PCF) et La France insoumise (LFI). Leurs divers représentants sont conscients de la menace de l’extrême droite. Alliances, conflits internes, présence sur le terrain… ils s’interrogent sur la conduite à tenir localement pour enrayer la montée du RN avant qu’il ne soit trop tard.
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S’allier envers et contre tout
La réaction des gauches aux législatives leur a permis de rassembler les électeurs sous une même bannière. Une stratégie payante puisque le NFP a remporté le plus grand nombre de sièges à l’Assemblée nationale avec 182 députés. Le total monte même à 193, lorsqu’on compte les élus provenant des autres partis de gauche et les dissidents du NFP. « Sans alliance, il n’y aurait pas eu de second tour, nous avons évité de justesse que Bardella soit premier ministre », explique Anne-Babian Lhermet, conseillère fédérale d’EELV et conseillère municipale de Bellerive-Sur-Allier.
Pour certains représentants locaux, il faut garder cette coalition sur le long terme face à l’extrême droite. « Chacun dans son coin, nous ne pouvons pas battre le RN. Nous avons besoin de toutes les composantes de la gauche », indique Aline Jeudi, première secrétaire fédérale du PS de l’Allier et conseillère municipale de Gannat. Ce regroupement des forces de gauche doit se faire de manière claire, autour d’un programme. C’est en tout cas la carte que souhaite jouer LFI : « Les Bourbonnais font comme l’ensemble des Français, quand la gauche est désunie, elle perd. Il faut s’allier autour d’un programme clair et chiffré », revendique Louise Héritier, candidate malheureuse NFP (étiquetée LFI) sur la 2e circonscription de l’Allier aux législatives de 2022 et 2024. Selon elle, c’est ce qui a été fait avec brio lors des dernières législatives.
S’accorder avant
D’autres ne sont pourtant pas de cet avis. Aline Jeudi identifie « certains éléments perturbateurs dans certains partis ». Elle évoque la présence de conflits internes au NFP et de divergences sur le programme. Yannick Monnet, député NFP (étiqueté PCF) de la 1ère circonscription de l’Allier, n’est pas en accord avec la politique de LFI sur certains sujets. « La conflictualité est un choix politique, ce n’est pas le mien. Je suis pour mener un débat d’idées de fond contre le RN, mais dans le respect des institutions. Le bazar ne profite qu’à l’extrême droite », martèle-t-il.
En plus des désaccords sur la forme, le député souhaiterait que le fond du programme soit plus clair. « Nous avons besoin au niveau national que la gauche se parle. Il y a encore des débats à avoir, notamment sur les sujets de politique internationale et l’immigration », ajoute-t-il. Le communiste pointe du doigt des mésententes au sein du NFP. Pour lui, l’alliance peut marcher, mais pas à tout prix. Il faut avant tout régler certains débats internes sur le fond et sur la forme de la politique à avoir.
Combattre la droite libérale
Lors des élections locales, peu de politiques s’affichent sous la bannière RN. Toutefois, d’après la gauche bourbonnaise il y aurait bien un ennemi politique à combattre pour enrayer la montée de l’extrême droite: le libéralisme, dont les effets dévastateurs font le terreau du RN. Anne Babian Lhermet siège au conseil fédéral d’EELV. Cela signifie qu’elle se réunit avec d’autres représentants de son parti issus de la région. « Les politiques de la droite libérale font des dégâts, les services publics diminuent en zone rurale. Cela crée un sentiment d’abandon chez la population », détaille la Bellerivoise.
Pour mettre fin à cette situation, elle a une solution. Il faudrait que la gauche gagne au niveau départemental et régional pour mettre en place « des politiques sociales ». Et tout cela « passe par des alliances à l’échelle locale ». De bonnes relations sont nouées entre les mouvements de gauche autour de Vichy, « nous comptons les maintenir au moins jusqu’au municipales », termine Anne Babian-Lhermet.
La secrétaire du PS de l’Allier partage le constat de son homologue des Verts. « Mon objectif est de faciliter l’alliance des gauche partout dans le département. Pour Gannat, le travail est en cours de réalisation », déclare Aline Jeudi. LFI se montre aussi favorable à ce genre de petites unions si elles se basent « sur un programme de rupture ». « Nous travaillons à l’unité sur notre territoire en participant notamment au Collectif citoyen pour le Nouveau Front populaire », déclare Louise Héritier. Créé le 24 septembre à Montluçon, ce collectif dénonce la politique d’austérité du gouvernement.
Seul bémol, Yannick Monnet n’est toujours pas du même avis. « Une liste municipale se monte en fonction de son ancrage local, de son projet pour la commune, pour le territoire », dit-il. Pour lui, combattre la montée du RN est « hors-sujet » pour les élections municipales. Il ne se dit ainsi pas favorable à une alliance des gauches au sein de son fief, Moulins-sur-Allier. Pourtant, pour être présente au conseil départemental et peser au niveau régional, la gauche se doit de remporter les trois plus grandes communes du département : Moulins-sur-Allier, Vichy et Montluçon.
Déconstruire ce que disent les médias
En dehors de la scène politique, les idées d’extrême droite circulent librement. Les médias, en relayant l’opinion de certains chroniqueurs, essayistes ou éditorialistes, contribuent à changer l’opinion des Français. Les politiques de l’opposition doivent donc redoubler d’efforts et d’explications pour lutter contre la désinformation. « La presse doit avoir un vrai rôle d’information. Aujourd’hui, elle répond davantage à des enjeux économiques », estime le député bourbonnais.
Tous les politiques de gauche interrogés sont d’accord sur un fait : ils doivent investir une énergie considérable pour contredire les médias nationaux. Pendant les élections législatives de juin dernier, les trois candidats de gauche ont dû redoubler d’effort pour défendre le NFP. « Bolloré a un impact sur la montée de l’extrême droite. Il y a un vrai travail à faire pour aller parler aux gens. C’est pour cela que nous avions réalisé un programme chiffré pour répondre aux questions des gens », assure Louise Héritier.
Seul l’un des trois candidats communs de gauche a réussi à remporter sa circonscription dans l’Allier. D’après lui, c’est grâce à son implantation locale. « Les gens me connaissent bien, je ne suis pas trop affilié », affirme Yannick Monnet. Le parlementaire renchérit en confiant que des électeurs qui avaient voté RN aux élections européennes ont voté pour lui aux législatives. La recette serait donc celle-ci, connaître son territoire, les électeurs pour pouvoir combattre les idées reçues sur la gauche, le NFP. Pouvoir aussi expliquer que le vote RN n’est une solution viable. « Ils font des propositions de lois qui vont à l’encontre de ce qu’ils défendaient récemment. Ce sont des fossoyeurs de la question sociale », conclut le député communiste.
Lutte Ouvrière : une opposition à part
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Un parti de gauche présent dans les rues bourbonnaises est anti-coalition. Néanmoins, il compte bien lutter contre le RN à son échelle. « Nous ne sommes pas d’accord avec l’alliance des gauches. La gauche plurielle a été un échec sous Jospin, ils ont perdu plusieurs milliers d’électeurs à l’époque. C’est pourquoi nous n’avons pas participé au NFP », avance Jean-François Rameau, candidat de Lutte ouvrière dans la 3e circonscription de l’Allier lors des dernières élections législatives. Le front républicain est le système qui consistait à voter pour le candidat qui aurait le plus de chance de battre le RN, peu importe son parti politique.
Pour l’ouvrier, c’était « absurde – on votait pour des gens comme Darmanin, qui partage les idées du RN ». Cependant, son parti reste engagé dans la lutte contre l’extrême droite. « Nous combattons le racisme. Ce qui est le plus tragique, c’est que les travailleurs soient divisés à cause du RN. Nous sommes communistes, nous sommes pour l’union », ajoute le Vichyssois. Il sait que son parti n’est pas une force électorale, qu’il n’a que très peu de chances de gagner. Il promeut plutôt d’autres moyens de lutte comme les manifestations ou la grève des travailleurs.
Virgile Revelle