Épisode 2 – Eliot, 21 ans, visage de l’extrême droite clermontoise

Par Hugo GAY

Eliot est membre du bureau de Clermont non conforme, principal groupuscule d’extrême droite de la métropole auvergnate. L’artisan boulanger se revendique nationaliste révolutionnaire, anticapitaliste, antisioniste, anticolonialiste, anti-immigration et anticommuniste.  

Un militant habillé en noir, à visage couvert, brandit des fumigènes de fumée rouge dans une rue parisienne.
Les militants de Clermont non conforme ont manifesté, le 9 mai 2024, aux côtés d’autres groupuscules radicaux dans les rues de Paris. Crédit : D. R.

Eliot fait ses débuts dans le militantisme d’extrême droite à l’âge de 15 ans. Originaire de Lyon, son premier engagement a lieu au sein du Bastion social, une organisation néofasciste fondée en 2017 par d’anciens membres de la mouvance plus ancienne du Groupe union défense (GUD). Basé à Lyon, le Bastion social occupait des locaux qu’il transformait en « bastions » pour des militants prétendant lutter contre la pauvreté, mais d’un point de vue strictement ethnique. Dissout en 2019 par décret gouvernemental en raison de ses discours et actes ouvertement racistes, le groupe avait tout de même reçu, en son temps, le soutien de certains membres du Front national, dont le Rassemblement national est aujourd’hui l’héritier. 

Après la dissolution, Eliot rejoint Audace Lyon, un groupe créé pour prendre la relève de son prédécesseur, et y reste actif durant trois années. Audace Lyon reprend les activités du Bastion social, comme des distributions alimentaires ciblées ou des actions de rue, mais toujours basées sur le prisme de la segmentation ethnique. Eliot se dit également sympathisant de Lyon populaire, un groupe apparu, lui aussi, suite à la dissolution du Bastion social. Ce collectif, regroupant différentes idéologies allant du catholicisme intégriste au néonazisme, se distingue par des actions particulièrement violentes. 

Clermont Ferrand : un choix politique 

Après avoir milité pendant plusieurs années à Lyon, le jeune homme de 21 ans décide de quitter la capitale des Gaules et de venir vivre Clermont-Ferrand pour rejoindre Clermont non conforme fin 2023, un déménagement qu’il décrit comme totalement stratégique : « Je suis venu à Clermont par pure idée politique. Javais déjà des contacts au sein de Clermont non conforme. Il y a beaucoup de liens entre les différents groupes », nous dit-il. Très vite intégré, Eliot rejoint même le bureau de l’organisation d’ultradroite, composé de trois personnes, dont Tristan Arnaud, militant multi-condamné pour des faits de violences. 

Une idéologie bien ancrée 

Celui qui se revendique comme nationaliste révolutionnaire, anticapitaliste, antisioniste, anticolonialiste, anti-immigration et anticommuniste a gardé la même idéologie et les mêmes convictions qu’à ses 15 ans : « Jai toujours les mêmes idées, même si elles ont évolué depuis. Je lis et minspire dauteurs comme Dominique Venner, François Duprat, Maurice Bardèche et beaucoup dautres. »

Décédé en 2013, Dominique Venner était un essayiste et militant surnommé « le père de l’extrême droite moderne ». François Duprat, mort en 1978, était un essayiste, militant et homme politique d’extrême droite, adepte des thèses négationnistes et aux origines de la création du Front national. Maurice Bardèche, décédé en 1998, était un universitaire, écrivain, critique littéraire et polémiste d’extrême droite se réclamant du fascisme même après la Seconde guerre mondiale et considéré comme le fondateur du négationnisme en France. 

Pour Eliot, l’objectif est de changer le système : « On est révolutionnaire donc on veut changer les choses. Lobjectif est de faire déplacer les mentalités, de faire bouger la fenêtre dOverton. » « On a des positions radicales, mais radicales dans le bon sens du terme. On est là pour faire vivre des idées et les transmettre », poursuit-il. En effet, le terme de fenêtre d’Overton désigne tout ce qui est acceptable et accepté dans l’opinion publique. L’objectif des groupes ayant des idées situées en dehors de cette fenêtre est de l’élargir afin de devenir crédible et acceptable.

En attendant, les idées et actions de Clermont non conforme donnent lieu à des conflits, parfois violents, notamment face aux différents groupes antifascistes : « On a beaucoup dadversaires. Souvent, les antifas, ce sont des adolescents qui se cherchent des émotions. » Cependant, Eliot assure ne s’occuper que de son groupe et de ses idées : « On ne soccupe pas des autres, ce sont eux qui viennent nous chercher. »  

La seule trace apparaissant dans la presse d’un affrontement physique entre membres de Clermont non conforme et militants antifascistes remonte au 22 avril 2023. Ce jour-là, d’après La Montagne, « Ces derniers (les antifascistes) sont venus chasser leurs adversaires (Clermont non conforme). » Selon Médiacoop, « Samedi 22 avril, une ″rencontre militante″, perturbée par des antifascistes locaux, s’est tenue au bar Rimbaud sans en avertir le propriétaire. » 

« Je nai jamais été engagé politiquement » 

Quant à la montée du Rassemblement national dans le paysage politique français, Eliot ne s’en préoccupe pas. À 21 ans, le militant se dit insensible à la politique qu’il nomme « institutionnelle » : « Je nai jamais été en politique, je ne men occupe pas. Jai toujours été dans des milieux extrémistes. » La politique telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui est loin de répondre à ses attentes et à celles des militants de son groupe.

Cependant, lorsqu’on insiste, Eliot donne son avis : « Le RN, on va dire que cest le moins pire. On ne va pas en pleurer, cest plutôt positif au niveau des mentalités. » Pour autant, Eliot n’envisage pas de le soutenir directement, ni lui ni aucun autre parti. Son militantisme se veut radical et indépendant, loin des logiques politiques et des concessions nécessaires pour être élu : « Je reste fidèle à mes idées, on ne fait pas de concessions. »  

Militantisme et vie quotidienne 

En parallèle de son militantisme, Eliot est ouvrier en boulangerie. Au travail, certains de ses collègues sont au courant de ses activités : « Parmi ceux qui savent, il y en a qui l’accueillent bien, dautres non », affirme-t-il. « Avoir un travail et être militant, ça demande certains sacrifices, mais on est obligé de travailler à côté. On ne peut pas vouloir imposer un système en étant hors système. » Eliot est également bien conscient que le fait d’être membre d’un groupuscule extrémiste d’ultradroite lui ferme des portes : « Quand on est militant, cest sûr que certains secteurs se ferment. Tout ce qui est rattaché à l’État déjà, comme larmée ou la police, on ne peut plus y accéder. » 

Quant à son entourage, Eliot explique que son engagement militant est un choix purement personnel, totalement indépendant de son environnement familial. « Mon engagement ne vient absolument pas de ma famille, ils ne sont pas du tout dans ce milieu », affirme-t-il. Selon lui, ses proches sont au courant de ses activités, mais ne partagent pas ses idées. Il explique également avoir aussi des amis qui ne partagent pas ses idées et son militantisme : « Je peux discuter de mes idées avec des gens sans être borné ou vouloir convaincre à tout prix. » 

Un isolement assumé 

Le membre du bureau de Clermont non conforme explique son mode vie : « Je suis très occupé, après, cest une idée de vie. Mais je suis comme nimporte quel Français lambda, jaime la randonnée, la nature, le sport. » Il ajoute : « Il y a, de fait, un certain isolement social, ce qui est logique et compréhensible au vu de mon engagement et de mon rôle. »

Cependant, pour suivre et respecter ses idées, il s’impose des obligations liées à son idéologie nationaliste révolutionnaire : « Je fuis tout ce qui est mainstream, ce que la majorité des gens font couramment. Jai une certaine rigueur de vie, cest obligatoire. » Celui qui a rejoint le militantisme depuis maintenant six ans au sein de groupes d’ultradroite ne se voit pas changer de vie. Comme confirmation, à la question « est-ce que tu te vois être militant toute ta vie ? », il répond sèchement et fermement : « Oui. »  

Hugo Gay