Face à la violence, les arbitres du district de l’Allier veulent se protéger
Lassés des violences et des menaces incessantes, les arbitres du district de l’Allier ont choisi de réagir. Le weekend du 7 et 8 décembre, aucun n’a officié sur le terrain. Une décision forte, qui intervient à l’heure où la brutalité sur les terrains semble avoir atteint son paroxysme.
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C’est une donnée qui interpelle. Si le nombre de licences d’arbitres n’a jamais été aussi élevé dans l’Allier, les violences à l’encontre de ceux que l’on surnomme pourtant les « maîtres du jeu », elles aussi, se multiplient. Chaque weekend depuis le début de la saison, des incidents sur le terrain (contre les arbitres ou entre joueurs) sont rapportés des quatre coins du département. Le dimanche 15 septembre, le premier tour du Challenge Jean-Vidal, entre le Sporting Club Cusset et Montluçon Médiéval, a vu un arbitre insulté et menacé de mort par un entraîneur. La semaine d’après, l’escalade en termes de violences a fatalement suivi son cours. Sur plusieurs terrains, des incidents entre joueurs sont rapportés : bagarres, insultes et même confrontation envers une arbitre après un match.
Jusqu’au dimanche 1er décembre, où la montée en tension a atteint son point de non-retour : dans la banlieue montluçonnaise, un joueur et un encadrant ont frappé d’un coup de poing et d’un coup de pied un arbitre, dans le cadre d’un match de D3 entre Néris-les-Bains et Saint-Angel. L’agression de trop pour le District de l’Allier de football, la Commission départementale des arbitres et l’Union nationale des arbitres du département (UNAF), qui ont, conjointement, pris une décision sans précédent. « Le week-end du 7 et 8 décembre, il n’y aura aucun arbitre officiel, explique Julien Alligier, président de l’UNAF, à l’initiative de cette action. Les arbitres ont toujours été confrontés à l’agressivité, mais de là à atteindre ce niveau de violence… Il y a quand même eu trop de problèmes sur les terrains, ce n’est pas qu’un acte isolé. Même s’il y a 95 % des matchs qui se déroulent bien, c’est 5 % de violence en trop. »
Un weekend inédit, des sanctions exemplaires
À Lapalisse, le samedi 7 décembre à 19 h 00, le match de D1 (plus haut niveau du district) entre Lapalisse et Avermes semblait presque banal. Sous la lumière des projecteurs, un seul individu manquait, le plus important peut être : l’arbitre. Comme partout dans l’Allier ce weekend, aucun officiel n’avait fait le déplacement. Alors, pour diriger la rencontre, un bénévole s’est improvisé arbitre le temps de 90 minutes. Ce qui n’empêche pas les habituels sifflets et autres injures à son encontre.
Pour Germain, qui suit le match derrière la rambarde, la mesure est sans précédent : « Je suivais le foot il y a une quinzaine d’années car mes fils jouaient, maintenant un peu moins, mais je n’ai jamais eu le souvenir de telles mesures prises par le district. Il y a toujours eu des comportements bizarres, agressifs envers les arbitres, les gens sont excessifs pour n’importe quoi. »
À la buvette, comme dans les tribunes, la décision de l’UNAF divise. Il y a ceux qui pensent que la grève temporaire des arbitres est nécessaire, et d’autres qui ne comprennent pas. « On ne devrait pas sanctionner tous les clubs pour quelques incidents », « ce sont toujours les mêmes fautifs », commentent les habitués. En revanche, le dernier incident entraîne des réactions unanimes : « il faut le radier à vie », « ces mecs comme ça, ils doivent payer » …

Guillaume Jacquet officie depuis un an et demi en tant qu’arbitre sur les terrains de l’Allier. Un rôle qu’il a toujours apprécié, fort de son expérience d’ancien joueur. Il estime que certains comportements ont largement dépassé les bornes. « Aujourd’hui il y a des changements d’attitude de joueurs, d’éducateurs, c’est incroyable ! Tous les weekends, il se passe des choses, avec des bagarres générales, des agressions. On a des cas au plus bas niveau du district, et des mecs viennent le dimanche pour se mettre sur la figure, commente l’homme en noir. Certains joueurs ne savent pas gérer leurs émotions, et peuvent péter un plomb pour la moindre décision arbitrale en leur défaveur. »
De son côté, il n’a, en une trentaine de matchs dirigés, jamais eu affaire à de tels comportements. Malgré les récentes actualités, il n’a jamais eu d’appréhension avant d’entrer sur le rectangle vert. En revanche, être la victime de tels actes sonneraient sans doute la fin de sa carrière, explique-t-il : « Dans le cas du weekend dernier, à la place de l’arbitre avec un nez cassé, je ne sais pas si je continuerais…à la base c’est du plaisir. Le plaisir d’arbitrer, d’évoluer dans le monde du foot. »
Un comportement qui dépasse les catégories d’âges
Également président du club de Creuzier-le-Vieux, Guillaume Jacquet a vu ces attitudes se généraliser depuis quelques années. « Chez les enfants, depuis quelques années, il y a du civisme, des règles de vie qui sont de plus en plus compliquées à mettre en place. Ça prend un peu de temps, mais ça passe aussi par les parents qui ont forcément une grosse part dans l’éducation », constate l’ancien joueur.
« Dernièrement, les u18 du club se sont faits traiter de tous les noms par des gens alcoolisés qui étaient sur le bord, il y a eu des propos racistes qui ont été tenus, l’arbitre n’a eu d’autre choix que d’arrêter temporairement le match », poursuit l’arbitre. Malgré cet exemple d’arrêt de la partie, les violences verbales et physiques se prolongent. La faute notamment à un suivi quasi inexistant sur les épisodes de brutalité hors du terrain. Lorsqu’un incident se produit autour d’un terrain le weekend, dans la plupart des cas des sanctions ne sont pas adoptées par la suite.
Quatre mois après la reprise, le bilan avant la trêve hivernale est déjà lourd et accablant. Julien Alligier ne peut que constater ces abus chez les plus jeunes : « C’est à l’image de la société d’aujourd’hui. Les gens ne supportent plus l’autorité, le foot est souvent le reflet de la société malheureusement. » En première ligne, l’UNAF accompagne au niveau national et territorial les arbitres, défend leurs droits et apporte un soutien moral.
« Les clubs ont un rôle crucial »
Alors, pour trouver des solutions et calmer une situation qui s’annoncerait intenable jusqu’à la fin de saison, le président de l’UNAF alerte sur le rôle et la responsabilité des organisateurs. « Les clubs à domicile sont chargés de la police autour de leur terrain, même si l’on sait qu’être président d’un club, ce n’est pas facile car c’est beaucoup de responsabilité », souligne-t-il.
Au-delà du devoir des structures, Guillaume Jacquet rappelle que tous les protagonistes ont un devoir de bienveillance envers les autres. « Bien sûr que les clubs jouent un rôle crucial. Mais les capitaines doivent davantage servir, il faut aussi leur faire comprendre qu’ils sont responsables du comportement de leur équipe, insiste-t-il. Les entraîneurs également, car certains passent plus de temps à discuter les décisions que coacher leur équipe ».
Tous les regards sont désormais tournés vers la décision de la commission de discipline, mais aussi vers le tribunal, puisque l’arbitre agressé a porté plainte contre les deux auteurs des faits. Des sanctions exemplaires sont une nouvelle fois attendues, même si, comme le constate Julien Alligier, « les départements qui ont doublé les sanctions n’ont pas fait disparaître la violence ».
Si l’UNAF « appelle à continuer le mouvement de grève jusqu’à fin décembre », selon son président, l’exclusion du club de deux auteurs de coups ainsi que la prochaine décision de la commission de discipline devrait constituer un réel témoignage de soutien envers les arbitres.
Maxence Landillon